Pain, riz, pommes de terre… : pourquoi la France est désormais l’un des pays les plus exposés au cadmium

Pain, riz, pommes de terre… : pourquoi la France est désormais l’un des pays les plus exposés au cadmium

Le cadmium s’invite dans notre assiette sans que vous ne le remarquiez forcément. Pain, riz, pommes de terre, chocolat : autant d’aliments qui, consommés tous les jours, contribuent à une exposition croissante. Et la France apparaît aujourd’hui parmi les pays les plus concernés.

Un constat qui inquiète

Un rapport récent de l’Anses met en lumière une réalité dure à ignorer. Près de la moitié des adultes français dépasse les seuils toxicologiques de référence. Chez les tout-petits, la part touche 36 % des moins de trois ans. Ces chiffres sont nettement supérieurs à ceux de pays voisins comme la Belgique, l’Italie ou le Royaume‑Uni.

Autre comparaison frappante : l’imprégnation moyenne en cadmium des Français est plusieurs fois plus élevée que celle des Américains ou des Italiens. Ces différences poussent à s’interroger sur les causes et sur les mesures à prendre rapidement.

D’où vient le cadmium qui se retrouve dans nos aliments ?

Le cadmium est un métal naturellement présent dans la croûte terrestre. Mais il arrive dans nos cultures par plusieurs voies bien identifiées.

Première source majeure : les engrais phosphatés. De nombreuses roches phosphatées, notamment celles exploitées au Maroc, contiennent des teneurs élevées en cadmium. La France importe massivement ces engrais pour leur coût et pour des raisons commerciales. En épandant ces phosphates, on répand aussi du cadmium sur les sols.

Deuxième source : certains sols volcaniques. Ils sont formidables pour la croissance de plantes comme le cacaoyer. Mais ils peuvent être riches en cadmium. C’est une des raisons pour lesquelles certains chocolats, y compris bio, peuvent présenter des niveaux élevés.

Enfin, la mer concentre les polluants. Les mollusques, algues et poissons prédateurs accumulent le cadmium filtré dans l’eau. Ces produits doivent être consommés avec modération.

Pourquoi la France est-elle particulièrement exposée ?

Plusieurs facteurs se combinent. La France utilise beaucoup d’engrais phosphatés. Or ceux importés du Maroc ont souvent une teneur en cadmium supérieure à d’autres sources. Selon des estimations, les épandages apporteraient de 2 à 6 g de cadmium par hectare et par an. Au total, cela représente plusieurs dizaines de tonnes par an dans nos champs.

De plus, certains choix réglementaires jouent un rôle. L’Union européenne a durci ses limites. Une norme fixée à 60 mg/kg en 2022 doit baisser à 20 mg/kg d’ici 2034. Mais l’État français autorise encore des engrais à 90 mg/kg. Cette tolérance explique en partie la contamination plus forte des sols français.

Quels risques pour la santé ?

Le cadmium n’a aucune fonction utile dans l’organisme. Il s’accumule surtout dans le foie et les reins. Son élimination est très lente. La demi‑vie rénale peut atteindre 10 à 30 ans. Autrement dit, ce que vous absorbez aujourd’hui peut rester dans votre corps pendant des décennies.

Les effets sont nombreux. Le cadmium favorise l’ostéoporose, les troubles rénaux, des problèmes respiratoires et cardiovasculaires. Il est classé comme cancérogène avéré pour certains cancers. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables. Une carence en fer augmente l’absorption intestinale de cadmium, ce qui aggrave le risque.

Ce que les pouvoirs publics peuvent et doivent faire

Plusieurs pistes sont possibles et souvent complémentaires.

– Substituer les sources de phosphates en privilégiant des roches naturellement faibles en cadmium.

– Traiter les engrais pour décadmiation. Des procédés existent mais ils sont coûteux. L’État pourrait soutenir ces opérations pour soulager les agriculteurs.

– Renforcer le recyclage du phosphore via les boues d’épuration ou les effluents organiques. Cela réduirait la dépendance aux mines phosphatées.

– Encourager l’agriculture biologique, qui n’utilise pas d’engrais minéraux. Mais attention : la conversion ne nettoie pas instantanément les sols. Le cadmium persiste pendant des années.

Que pouvez‑vous faire au quotidien pour réduire votre exposition ?

Vous ne contrôlez pas tout. Mais des gestes simples réduisent votre risque.

– Limitez les biscuits industriels et les céréales chocolatées pour les enfants. Privilégiez des goûters simples : 150 g de yaourt nature, 1 fruit et 30 g de noix non chocolatées.

– Pour le riz, rincez 2 à 3 fois avant cuisson. Cuisinez-le avec beaucoup d’eau. Utilisez environ 5 volumes d’eau pour 1 volume de riz. Égouttez et jetez l’eau de cuisson. Évitez le riz complet s’il provient de zones à risque.

– Les pommes de terre : lavez puis pelez si elles ne sont pas bio. La peau concentre les contaminants. Pour 1 kg de pommes de terre, épluchez en retirant au moins 2 mm de peau lorsque c’est possible.

– Modérez la consommation de coquillages, d’algues et de poissons prédateurs. Femmes enceintes et jeunes enfants doivent éviter ces produits à haute concentration.

– Arrêtez de fumer. Le tabac contient du cadmium et augmente fortement l’exposition.

– Soignez votre statut en fer. Un apport suffisant réduit l’absorption intestinale du cadmium. Pensez à 100–150 g de viande rouge ou à 200 g d’épinards cuits, accompagnés d’un apport en vitamine C pour mieux assimiler le fer.

– Diversifiez votre alimentation. Manger varié dilue les sources alimentaires de risque.

En résumé

La situation est préoccupante. La combinaison d’engrais phosphatés contaminés, d’une forte consommation de céréales et de certaines habitudes alimentaires fait de la France un pays plus exposé au cadmium. Il existe des solutions techniques et politiques pour limiter la contamination. Et vous pouvez, dès aujourd’hui, réduire votre exposition avec quelques gestes simples et concrets.

Restez informé. Posez des questions à vos élus. Et modérez certains aliments sans pour autant tomber dans l’excès. La prévention passe par l’action collective mais aussi par vos choix quotidiens.

5/5 - (14 votes)

Auteur/autrice

  • Je suis cuisinière et productrice passionnée par la gastronomie de terroir et les liens entre potager et assiette. Diplômée en sciences animales à VetAgro Sup, j’ai travaillé plusieurs années auprès d’éleveurs fermiers et dans des maisons d’hôtes gastronomiques. Ma spécialité : valoriser chaque produit de la ferme en recettes simples mais précises, en expliquant l’origine des saveurs et les bonnes pratiques d’élevage. J’accompagne aussi les lecteurs sur le jardinage nourricier et l’organisation de la maison autour d’une cuisine vivante. J’écris pour partager mon expérience du terrain et aider chacun à construire une table plus responsable et généreuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *